A very britsh gangster

Publié le par MK2S TheBigmack

 

 


Le décor, celui d’un film de Ken Loach, un quartier populaire de Manchester, même petites et uniformes maisons de briques, même gosses ébouriffés jouant au ballon dans la rue, même familles se débattant avec le chômage, l’alcoolisme, le manque d’argent, mais ce n’est pas du cinéma, bien que le héros principal, qui pourrait, lui sortir d’un film de Scorsese, Dominique Noonan, 38 ans dont 22 de prison, prenne un plaisir évident à se mettre en scène.

Avec son apparente bonhommie, sa silhouette toute en rondeur, son visage souriant, il suscite d’abord la sympathie, ce chef de gang et il aime ça, faisant visiter son quartier-royaume avec fierté, aimable, réfléchi, racontant sa vie et répondant aux questions du journaliste, s’arrêtant ici et là pour rabrouer un gamin qui fait trop de bruit, mais gardant au fond des yeux la petite lueur inquiétante du fauve sur ses gardes.



Comme il le dit lui-même, dans la journée Dominique fait dans le social, il sillonne les rues avec ses gars et intervient quand on l’appelle pour résoudre une querelle de voisinage, protéger une famille menacée par des créanciers, un patron de bar harcelé par une bande de petits malfrats, récupérer un bébé enlevé par ses grands-parents .Il vient, là où la police et les services sociaux sont absents, ces zones de non-droits et de misère ou la délinquance fleurit mieux qu’ailleurs, résout les problèmes, apporte aide financière. Façon de se donner bonne conscience,surtout d’assurer son pouvoir sur son territoire, de se protéger en se garantissant le respect et la reconnaissance de la population, de faire savoir qu’il est le plus fort à tous les petits délinquants et voyous en tout genre qui auraient des vues sur son commerce. 

Dominique a ses protégés, son fils qu’il adore, ses filleuls, petits gamins souvent sans père à qui il offre toits et couverts. Souvenirs de ses années d’enfance où ils vivaient lui aussi dans une famille nombreuse d’origine irlandaise, où on est gangster de pères en fils, où sa mère a mis le feu au logis familiale pour obtenir un logement social. Chez les Noonan, on ne fait pas dans la dentelle.

Dominique a son équipe d’homme de mains qu’il choisit jeunes, très jeunes, à peine sortis de l’adolescence parce qu’il les trouve plus loyaux , plus malléables, qui arborent comme lui crâne rasé et costumes-cravates noirs, si fiers d’appartenir à Dominique, d’être craints et respectés partout où ils passent, souvent renouvelés parce que souvent arrêtés, gamins qui ont poussé sur ce terreau de misère et qui ont choisi leur camp, décidés eux aussi de se faire une place au soleil, certains déjà plus méchants que d’autres ou moins embarrassés par leur conscience, avec comme motivations le fric et le pouvoir.



Il faut dire qu’il n’a pas été toujours le plus fort, Dominique Noonan. A 13 ans, en internat, il a été violé, torturé pendant des semaines par des plus grands. Il n’a rien oublié, adulte, il les a retrouvé un par un et leur a rendu au centuple ce qu’ils lui avaient infligés. Car il ne faut pas se fier à l’apparence première, ce n’est pas un gentil en difficulté avec la loi, d’ailleurs quelle loi ? De loi, il n’a que celle qu’il crée. Il a à son actif braquage, kidnapping, torture, trafic de drogue, pas de meurtres prouvés parce qu’il les a plutôt commandité, pas de problème pour ça, son frère ainé est un tueur à gage réputé. Il faut les entendre parler tous les deux de leurs souvenirs communs, leurs coups passés .C’est hallucinant, une autre planète !

D’ailleurs le frère, en perte d’efficacité professionnel, parce qu’il était devenu accro au crack, va au cours du tournage laisser sa vie dans une banale bagarre avec un dealer. Pour son enterrement, la famille va sortir le grand folklore, là encore on croit être au cinéma à voir défiler toute l’imagerie des films de gangsters. Le plus beau cercueil, du moins le plus cher est placé dans un corbillard somptueux, tirés par des chevaux harnachés de noir, suivi de tout un cortège de rutilantes voitures dans lesquelles ont pris place tous les caïds du milieu anglais, certains venus d’Amérique ou d’Europe pour accompagner Noolan l’aîné dans son dernier voyage. 



Somptueuse cérémonie à l’église, d’ailleurs Dominique va souvent à l’église pour prier et être absout de ses péchés( !?), avec lecture de textes des proches et au passage menaces à peine voilées pour le tueur pas encore retrouvé. La partie chant est assuré par un des neveux Noonan, celui qui a une jolie voix et du coup à choisi de faire Franck Sinatra plutôt que gangster, il fait tout mariage, enterrement, acquittement, surtout les acquittements qui donnent lieu à des petites soirées entre amis pour fêter ça. Toute la cérémonie se déroule sous une importante protection policière avec hélicoptères sillonnant le ciel, quartier bouclé, écoles fermées, rideaux de fer des magasins baissés. On croit rêver et les Noonan aussi, qui voient dans cette débauche de moyens, la confirmation de leur puissance.




A cet enterrement, il y a les enfants aussi, enfin les garçons, la relève, chemises blanches et pantalons noirs suivant le corbillard de leur père et oncle, épreuve initiatique et expérience édifiante. C’est à eux que j’ai envie de penser pour finir, petits garçons avec des rêves d’enfants, qui grandissent dans cet jungle où leur avenir est déjà tracé, au fils de Dominique, 11 ans, dont le père exalte la dureté et qui dit que oui, son père est gangster, que parfois les gangsters tuent, mais vraiment quand il ne peuvent pas faire autrement, qu’il aime son père, et je trouve ça terrible.

 

Source: Cinejade

Publié dans Actu cine

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