De l’élève brillant à «l’idéologue»

Publié le par MK2S TheBigmack

Itinéraire de ce fils de bonne famille, entre grande école de commerce et communauté rurale.

Les proches de Julien Coupat voulaient éviter la personnalisation autour de celui que l’accusation a désigné comme le «leader charismatique et idéologue» d’une cellule invisible. Raté. Le nom du jeune homme, qui fêtera ses 35 ans le 4 juin, est devenu synonyme d’affaire de Tarnac (Corrèze). Un symbole.


Julien Coupat est né en 1974, à Bordeaux. Interrogé par les policiers de la sous-direction antiterroriste, le lendemain de l’arrestation, son père, Gérard, un médecin retraité à la sensibilité de gauche raconte : «Enfant, Julien était un élève brillant, il voulait faire médecine après le bac. Il aimait particulièrement la philosophie et les maths.» Le jeune homme de bonne famille a son bac C (scientifique) avec mention très bien, rapporte le magazine GQ.

«Je pensais le faire entrer à Normal sup, Polytechnique, ou Centrale», dit le père. «Nous en avons parlé et nous avons négocié qu’il entre en prépa d’école de commerce.» Futé, il obtient de bons résultats à l’écrit d’HEC mais se plante volontairement à l’oral : trop subversif. Dès ses 12 ans, il fut marqué par la mort de Malik Oussekine.

«Allergique». Il va à l’Essec. «En première année d’école de commerce, cela semblait lui convenir, mais j’ai senti dès la deuxième année que l’enseignement des matières commerciales ne lui plaisait pas et qu’il y était presque allergique.» L’intello ne se sent peut-être pas à son aise. Il s’inscrit à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS, lit Guy Debord et suit les deux formations de front). Il ira jusqu’au bout de l’Essec, pas de l’EHESS.

Julien Coupat est un immense lecteur qui impressionne ceux qui l’ont croisé. Il lit tout ce qui se présente, déniche ses livres chez des bouquinistes ou lors de ses voyages. Pour mieux apprécier ses lectures, il décortique les ouvrages dans la langue de l’auteur : chinois, anglais, allemand, italien, portugais, grec, latin, hébreu.

Selon son père, c’est entre 1994 et 1996 que Julien Coupat a découvert marxisme et situationnisme, notamment à l’EHESS. «La LCR ?» demande un lieutenant de police : «Il me disait que cela n’était que des trotskistes et des stalinistes et les critiquait ouvertement», répond Gérard Coupat.

De la théorie, il passe à l’action. Dès 1998, il se retrouve fiché par les RG pour sa participation à l’occupation d’un squat. Les flics le voient apparaître sur des luttes. Visiblement, il ne fait pas l’unanimité. «Je me souviens de lui lors d’assemblées générales. C’était quelqu’un de brillant mais très arrogant, assez imbuvable», dit une étudiante d’alors. En 1999, il participe à Tiqqun, revue radicale se réunissant au Vouvray à Paris (XIe), un local qu’a acheté Coupat grâce à l’argent familial.

Ecrits. En 2003, il fréquente une communauté de l’Aveyron, apprécie la ruralité, et y voit, selon son père, l’occasion de mettre en pratique les théories politiques qu’il développe dans ses écrits. Deux ans plus tard, il fait, avec d’autres, l’acquisition d’une ferme, le Goutailloux. L’endroit devient un lieu d’accueil, d’échange et de réflexion, loin des portables, de la surconsommation. Le parquet y voit un «lieu d’endoctrinement». Coupat n’abandonne pas pour autant ses voyages, rédactions et participations à des manifestations comme Evian, en 2003, Thessalonique (Grèce) en septembre 2008. Les flics le suivent alors à la trace. De sa cellule, Coupat ne pouvait plus barouder, ni militer. Il a continué à lire.

Publié dans Insolite

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